Vitry-sur-Seine : la dernière barre de Balzac à terre

publié le 7 septembre 2012 (modifié le 15 octobre 2012)

A Vitry-sur-Seine, il aura suffit de quelques secondes pour que s’effondre sur elle-même la dernière barre de 14 étages du quartier Balzac. Ici, 660 logements ont été démolis dans le cadre de la rénovation urbaine, 780 seront reconstruits un peu partout dans la ville.

La tour GHJ de la cité Balzac à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) a été démolie, mercredi 5 septembre. Énorme tas de gravats, nuage de poussière virevoltant dans le quartier…la tour de 14 étages, qui comptait 168 logements, est à terre en une poignée de secondes. Réduite à néant, elle disparaît du paysage, laissant place à la lumière et libérant des terrains pour construire de nouveaux logements.

Avant la barre "GHJ", deux autres tours de 14 étages, l’"ABC" et la "DEF", avaient elles aussi été détruites (en 2007 et 2010) dans le cadre du programme de rénovation urbaine de l’ANRU ( agence nationale de rénovation urbaine). L’objectif étant de désenclaver ce quartier, inauguré en février 1967, conçu à l’époque comme une sorte de "carré" fermé par des tours et coupé du reste de la ville.

Ilot de solidarité aux dires des habitants, le quartier est aussi connu pour avoir été le théâtre d’un fait divers dramatique avec la mort de Sohanne en 2002. A cette forte insécurité s’ajoutent un fort taux de chômage, des conditions de vie dégradées dans certains logements…

Après 40 ans passés à Blazac, Nouria Machado a vécu sa dernière démolition.

"Les immeubles étaient trop rapprochés", reconnaît Nadia Machado, habitante, installée à Balzac depuis 40 ans. Fidèle des démolitions, elle était là en 2007 et en 2009, elle n’aurait pour rien au monde raté la dernière, allant jusqu’à anticiper, "sa sortie de l’hôpital" pour assister depuis l’appartement d’une de ses cousines, au 9éme étage, à la démolition. "On est bien ici. Tout le monde se connaît et s’entraide. Moi, je suis arrivée ici après les foyers Sonacotra. Je suis passée dans toutes les tours avec mes quatre enfants" explique-t-elle. Désormais, elle attend "la livraison" de son F4 rénové dans un des petits bâtiments de l’autre côté de la rue.
Au total, dans ce quartier emblématique de la rénovation urbaine du Val de Marne, 660 logements ont été détruits et, à terme plus du double sera reconstruit. "Ces chiffres vont au delà de l’obligation faite par l’ANRU de reconstruire un logement pour chaque logement détruit, explique-t-on à la DRIHL 94 en charge du dossier. Sur les 1320 logements sociaux à reconstruire, un millier est financé par l’ANRU et le reste relève du droit commun. Tous ces nouveaux logements sont disséminés partout dans la ville ce qui constitue une réussite considérable en termes de mixité et de redistribution ".
Au total, le projet mobilise plus de 280 millions d’euros, dont plus de 63 millions provenant des subventions de l’Anru, (24 % du total). C’est le plus important engagement de l’agence de rénovation urbaine dans le département.
Un nouveau quartier sort de terre.Aujourd’hui, la disparition des barres a effectivement permis de créer des rues, un square a remplacé des immeubles, des équipements publics sortent de terre et des programmes de logements en accession, en locatif libre accueillent déjà des habitants "C’est vrai qu’il y a plus de clarté, on a plus d’espace libre", reconnait Nouria Machado.

La rénovation urbaine dans le Val de Marne en chiffres :

Nombre de ménages touchés : 30 000
Démolitions ou suppressions de logements : 4800
Constructions de logements sociaux : 5200
Réhabilitations : 10 500
Résindentialisations : 15 400
Coût des chantiers : 1790 millions d’euros
Montant des subventions ANRU : 480 millions d’euros ( 27 % du coût total)

crédit photo : P. Marais-DRIHL