Seine-Saint-Denis : gagnants et perdants de la rénovation urbaine

publié le 26 novembre 2012 (modifié le 19 août 2015)

La DRIHL Seine-Saint-Denis vient de publier une étude sur les relogements dans le cadre de la rénovation urbaine. Déçus, ravis, intrus dans le nouveau quartier…les ménages ont raconté leur parcours et leurs sentiments. Au delà des chiffres et des chantiers.

Les opérations de rénovation urbaine, massives en Seine-Saint-Denis, ont été l’occasion d’un grand brassage de population : à ce jour, près de 6 000 ménages ont été relogés. Certains ont quitté des appartements vétustes et sur occupés pour du neuf BBC, certains ont changé de quartier, d’autres sont toujours sur place, certains ont changé de vie, d’autres ont juste eu la "chance" de faire des cartons, mais sans véritablement améliorer leur condition de vie…
"L’Anru, ce sont toujours des statistiques, des chiffres et des tableaux, cette fois, a reconnu la directrice de l’office HLM de Montreuil-sous-bois, présente lors de la restitution de l’étude, le 22 novembre à Bobigny, on entre dans une dimension humaine".
Cette étude (format pdf - 3.9 Mo - 26/11/2012) sur les "Parcours résidentiels des ménages impactés par les projets de rénovation urbaine" en Seine-Saint-Denis, menée pour la DRIHL par le cabinet FORS, a voulu, en effet, analyser des parcours de vie mis en mouvement par la rénovation urbaine. Au-delà des chiffres.

La future médiathéque d’Epinay-sur-SEine, financée sur des crédits ANRU.

Une centaine de ménages interrogés

Une centaine de ménages, vivant dans quatre quartiers en rénovation urbaine (Aulnay-sous-bois, Epinay-sur-Seine, Saint-Denis dans les quartiers de Cristino Garcia Landy et Montreuil-sous-bois), relogés ou non, ou accédants à la propriété ont été interrogés pour savoir comment ils ont vécu cette rénovation urbaine.

Le niveau de ressources financières, tout d’abord, mais aussi, comme l’expliquent les auteurs, "le capital social et culturel et la capacité à faire valoir ses droits", impactent fortement les parcours résidentiels. "Certains ménages ont compris le projet, ont vu très vite comment faire valoir leur besoin et ont su trouver le bon interlocuteur. D’autres, ont été plus attentistes". Et au final moins bien servis. Autre facteur : la qualité de la réponse institutionnelle, fonction des stratégies et des moyens mis en œuvre par les acteurs dans les quartiers.

"La vie a changé" avec la rénovation urbaine

A Epinay-sur-Seine

Pour certains ménages, la rénovation urbaine a eu un impact positif en terme d’ascension sociale. Ceux là, ont saisi l’opportunité de changer de logement de quartier, voire d’image. "Cela me fait du bien de ne plus être étiqueté 93", a expliqué un couple avec enfants, relogés hors département.
Gagnants également, malgré des ressources souvent très faibles et des difficultés sociales lourdes, les ménages pour qui la rénovation urbaine a été l’occasion de franchir une étape majeure dans le parcours résidentiel. "C’est l’identification de leurs problèmes (endettement, sur occupation, insalubrité..) et la mobilisation institutionnelle adéquate qui a permis de franchir un pas considérable". Pourtant, ces ménages-là n’attendaient pas grand chose des programmes. Peu exigeants, ils ont bénéficié à plein de la mobilisation des acteurs. Presque malgré eux. Comme cette femme seule de 42 ans, avec 4 enfants, qui a quitté un logement insalubre et pour qui "la vie a changé". "Il y avait de l’humidité, les murs étaient noirs, les enfants étaient tout le temps malades. Aujourd’hui, tout cela est derrière nous. C’est une nouvelle vie, une vie normale".

Le relogement vécu comme une punition

D’autres, ni ravis, ni mécontents, ont le vague sentiment d’avoir raté le coche et dressent un bilan mitigé. Par méconnaissance du projet ou peur du changement, ils ont été assez attentistes, sont arrivés à des moments "critiques" des opérations ce qui a limité les capacités de réponse des acteurs et n’ont pas obtenu grand chose. Une chambre de plus et encore, un nouveau logement mais une cuisine plus petite…ils n’ont pas tiré le parti maximum de la RU…et prennent conscience aujourd’hui d’avoir "raté le train".
Enfin, se dessine la catégorie, des ménages pour qui le relogement est synonyme "de dégradation des conditions de vie".
Souvent très fragiles financièrement, ces ménages, -familles mono parentales, personnes âgées isolées…-, ont peu de marges de manœuvre et les acteurs institutionnels ne les ont pas repérés ou n’ont pas su répondre aux besoins. Ce sont aussi des ménages pour qui " la perte de repères" est totale : "c’était comme une punition, a rapporté une retraitée relogée dans le neuf. C’était tellement dur que pendant deux ans, mes cartons sont restés dans l’entrée".
"C’est clair, moi j’ai des ménages pour qui nous sommes dans l’impasse : leurs loyers dans les quartiers en RU sont presque deux fois moins chers que ceux des logements neufs reconstruits. Des loyers comme les leurs n’existent nulle part ailleurs. On peut jouer sur des surfaces moins grandes, des accès aux services…mais à 70 ans, c’est vraiment difficile de changer de lieu de vie", a ainsi confirmé la responsable de l’Office de Montreuil.

Des immeubles résidentialisés à Aulnay-sous-Bois

Saint-Denis : "Presque trop beau pour les habitants"

Du côté des ménages n’ayant pas changé de logement – les non-relogés-, ces mêmes sentiments mitigés face à la rénovation urbaine, se retrouvent. Vivre dans un quartier embelli, apaisé et revalorisé ravis certains ménages, d’autres conservent la nostalgie, "d’un âge d’or du quartier". D’autre encore, souvent âgés ne se sentent "plus à la hauteur". "Moi, je croise des gens qui me disent c’est beau mon nouveau quartier, mais ce n’est pas pour moi", a expliqué un adjoint de la mairie de Saint-Denis.
Et puis, l’étude a interrogé les nouveaux arrivants de ces quartiers. Propriétaires ou nouveaux locataires du parc social, ces ménages doivent "faire leur trou" dans ces quartiers, en découvrir les codes et les habitudes. "Le parcours résidentiel ce n’est pas tout, il reste tout un parcours social à entamer ensuite", poursuit l’élu. L’histoire ne fait que commencer.

La rénovation urbaine en Seine-Saint-Denis :

45 quartiers
10 300 logements sociaux démolis
11 300 logements sociaux à reconstruire
32 700 logements sociaux réhabilités
34 700 logements sociaux résidentialisés

Total : 1, 4 milliard de crédits ANRU prévus sur le département de 2004 à 2013 (70 % du programme engagé)